« La pratique de l’Écriture sacrée consiste en trois activités : la lecture, la dispute et la prédication. (…) La lecture est comme le fondement étendu sous les suivantes. » (PL205,25). Ces mots de Pierre le Chantre dans le Verbum abbreviatum décrivent les trois charges du théologien médiéval à la fin du XIIe siècle. Ces trois activités sont le déploiement d’une unique discipline : la pratique de l’Écriture sainte. Elles sont ordonnées les unes aux autres. La lecture sert de fondement à la dispute et à la prédication qui est présentée comme l’achèvement de cette pratique de l’Écriture : « l’on doit prêcher après la lecture de l’Écriture sacrée et l’examen des doutes par la dispute, et non avant ».
L’acte de lecture est le travail d’interprétation du texte biblique. Y fonder le discours théologique dans ses formes universitaires et pastorales n’est pas l’apanage du seul XIIe siècle mais peut être étendu à l’ensemble de la période médiévale. Cette manière d’envisager une seule pratique de l’Écriture sainte qui va de l’exégèse à la prédication en se déployant dans une réflexion théologique a deux conséquences : elle manifeste la relation vitale de la théologie à l’écoute de la Parole de Dieu ; elle témoigne d’une certaine conception de l’inspiration des Écritures où l’Esprit continue de parler par l’intermédiaire biblique au théologien qui doit prendre la parole en son temps.
Nous essayerons de vérifier cette relation en étudiant la place donnée au commentaire biblique dans les élaborations théologiques d’auteurs médiévaux. Nous mesurerons à cette occasion l’enrichissement de la lecture biblique par les sciences profanes. Nous pourrons alors évaluer l’actualité d’une méthode qui va de l’écoute d’une parole de Dieu dans un texte achevé à une parole ecclésiale toujours renouvelée dans son discours théologique.
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2021/2022
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De l’écoute à la parole : la place de la lecture biblique dans l’argumentation théologique du Moyen-âge
